INTERVIEW DE BACHAR KIWAN

Interview de Bashar Kiwan.
Par Stéphane Alaux, VIP DIGITAL BODYGUARD,
CEO du cabinet E Réputation Net Wash

1) Pouvez-vous parler de votre formation et de votre parcours ?

Bashar Kiwan : J’ai reçu une éducation française en Syrie puis j’ai poursuivi mes études secondaires et universitaires en France. Monter ma propre entreprise a toujours été un rêve mais aussi une évidence. À 14 ans mes parents m’ont envoyé en pension à côté de Paris puis à 16 ans je suis descendu étudier dans le Sud où j’ai alors découvert l’univers de la presse gratuite. J’ai été tout de suite séduit et fasciné. Ce concept n’existait pas dans les pays du Golfe. À la fin de mon parcours universitaire en faculté d’économie de Montpellier je suis alors rentré au Koweït où vivait ma famille et j’ai monté le tout premier journal gratuit de petites annonces dans les pays arabes. Al Waseet était né ! Rapidement j’ai étendu le réseau dans 40 villes arabes sur 12 pays. Le secteur de la publicité était alors en pleine expansion, l’économie était très favorable pour tous et cela nous a permis, avec mes partenaires, de gérer en quelques années un marché énorme de plusieurs millions de dollars.

2) Quelle est votre expérience professionnelle la plus marquante et la plus intéressante ?

Bachar Kiwan : Le groupe de presse que j’ai fondé a sept activités bien distinctes. La toute première activité, notre fer de lance, notre ADN c’est notre journal de presse gratuit hebdomadaire Al Waseet. Puis nous avons créé des magazines mensuels comme Layalina, Star et avons repris des franchises comme Gala, Marie-Claire, Fortune, Top Gear… En tout une vingtaine de titres internationaux que nous avons lancé, adapté et développé sur le marché du Proche-Orient, Moyen-Orient et Extrême-Orient. Ensuite nous sommes partis sur la presse journalistique non engagée et avons ouvert un journal quotidien d’information appelé Al Balad similaire dans son concept avec Métro ou 20 Minutes, pour une approche jeune et moderne. En parallèle nous avons l’activité des panneaux publicitaires dans de grandes villes comme Bahrein, Damas, Dubaï, Doha, Koweït. Pour compléter notre activité presse nous avons créé et développé sur plusieurs pays des imprimeries avec d’énormes rotatives pour sortir nos journaux et magazines ainsi que ceux de nos confrères. Nous avons aussi bien sûr l’activité régie qui nous permet de gérer et créer des publicités comme par exemple pour Al Jazira ou des projets radios. Aujourd’hui notre transition vers l’avenir se tourne obligatoirement vers le digital avec une reconversion nécessaire et indispensable. Notre hebdomadaire gratuit de petites annonces Al Waseet est notre priorité, c’est mon projet initial, celui qui nous tient le plus à coeur, qui a grandi avec nous, s’est modifié, transformé et vers lequel nous sommes aujourd’hui très concentrés et toujours aussi enthousiastes.

3) D’où vous est venu l’idée de créer le concept « presse gratuite » au Moyen-Orient ?

Bashar Kiwan : Mes parents avaient acheté une propriété en France et ont voulu ensuite s’en séparer. Pendant de longs mois ils n’ont obtenu aucun résultat par les agents locaux classiques. J’ai donc utilisé ce support en publiant une petite annonce qui m’avait couté à l’époque 50 francs et qui a tout de suite débouché sur une vente. J’ai vécu cela comme une grande expérience et constaté l’impact que cela pouvait avoir sur la vie de tout un chacun. J’ai adoré ce moyen de communication bon marché, simple et efficace. Je me suis alors plongé dans les détails de cette activité et suis même allé faire un stage au Top Hebdo de Montpellier. J’ai alors ressenti la force de ce média et compris que les pays du Golfe avaient impérativement besoin d’un support aussi percutant. Après de longs mois de préparation j’ai déposé la demande en 1989 au Koweït. Les démarches ont été longues, difficiles, mais en 1992 j’ai fini par obtenir la license. L’expérience de Koweït a été alors un grand succès et nous avons rapidement développé les pays alentours comme les Émirats-Arabes-Unis qui émergeaient, le Qatar, Bahrein, l’Arabie Saoudite, le Liban, la Syrie, la Jordanie, l’Égypte…

4) Quelle est votre zone de chalandise du média « Al Waseet » ?

Bashar Kiwan : Al Waseet a été lancé en 1992 au Koweït et nous sommes ensuite partis à Beyrouth qui est la ville par excellence des médias au Moyen-Orient. En effet, le Liban est le pays où sont concentrés tous les grands talents sur le marché de la publicité, du journalisme, de la créativité, de l’innovation, de l’édition… La réussite de notre concept au Liban était pour nous un signal très fort. Nous avons monté à Beyrouth un bureau régional afin de nous préparer à conquérir le monde arabe. Ont suivi en 1997 la Syrie, la Jordanie, les Émirats-Arabes-Unis, Bahrein, Qatar, l’Arabie Saoudite. Mais une des expériences les plus significatives fut le Caire et ses 12 millions d’habitants ! Ce fut la concrétisation d’un rêve, une réussite incroyable dans la région. En 10 ans nous avons pu développer 40 éditions dans 37 villes arabes sur 12 pays !

5) Pouvez-vous parler du marché de la « presse écrite » au Moyen-Orient ?

Bachar Kiwan : Aujourd’hui cette presse est en nette perte de vitesse et n’a plus le choix. Elle existe toujours mais souffre beaucoup. Il faut faire vite, innover et aller de l’avant. Malheureusement la presse écrite est derrière nous. Impossible de revenir en arrière. Le constat est là : s’adapter ou mourir. On vit une époque où tout le monde est connecté. Internet est partout, pour tous, peu importe l’âge, le sexe, la profession, le monde virtuel du net touche chaque individu de plus ou moins prés. D’ailleurs près d’une personne sur deux dans le monde utilise internet. À partir de son smartphone on peut accéder à presque tout. Ce qui nous paraissait de la science fiction il y a encore 10 ans est désormais bien réel. Cette presse vit ses dernières années sous forme papier au Moyen-Orient et sûrement aussi dans le monde.

6) Comment gérez-vous la transition digitale ?

Bashar Kiwan : Le digital est un vrai défit aujourd’hui. C’est indiscutablement un changement structurel, un nouveau mode de vie, un bouleversement radical dans bien des secteurs et tout particulièrement dans celui des médias et de la communication. Passer d’éditeur papier à éditeur numérique est un nouvel enjeu qui nécessite beaucoup de recherches et de développements, mais aussi beaucoup de moyens et d’outils. C’est un terrain nouveau qui a, en peu d’années, complètement bousculé le marché. Notre société AWI a pris rapidement conscience que ce nouveau challenge allait être une nouvelle vie, en fait une aventure sans trop de certitude et nous avons alors en priorité décidé de nous adapter. Aujourd’hui nous sommes positionnés avec 7 sites reconnus comme LAYALINA.COM,ARABSTURBO.COM, 3OUD.COM ou encore KIYADI.COM qui génèrent plus de 11 millions de visiteurs uniques par mois. Nous continuons chaque jour notre transformation, cependant, face à la concurrence puissante de géants comme Facebook, Google, Instagram et autres réseaux sociaux le combat n’est pas à armes égales. Nous avons donc opté pour mettre en place des sites et applications qui sont plus dans la transaction, la relation ou l’expertise du marché local. Nous voulons valoriser le commerce de proximité en utilisant internet pour séduire et se faire plaisir. Aujourd’hui nous nous préparons à lancer des solutions dans la promotion et la transaction pour 2019, spécifiquement avec un projet innovant auquel nous croyons beaucoup qui nous positionnera en tant que leader du marché de la publicité au Moyen-Orient.

7) Quel est l’avenir du média « Presse Papier » ?

Bashar Kiwan : C’est malheureux mais il faut reconnaître que la presse papier a un avenir qui se réduit comme une peau de chagrin. Elle coûte cher, a une mauvaise image sur la déforestation, sur l’environnement, la pollution, nécessite une lourde gestion pour l’impression, la distribution… tandis que sur le net la gratuité, la rapidité, l’accès au monde est immédiat. Aujourd’hui tout doit aller vite, l’efficacité du digital n’est plus à démontrer. Quelque soit la publication sur un support papier, la procédure est longue, coûteuse et il faut bien le reconnaître, devient inefficace comparée à celle d’un support digital. Par exemple la vente de votre véhicule sur un média papier nécessite l’impression puis la distribution. Avec la meilleure volonté du monde cela va forcément prendre quelques jours pour atteindre la cible alors qu’en quelques clics votre annonce sera immédiate. Au Moyen-Orient la presse papier survit encore grâce à un réseau de distribution actif dans les points de ventes et chez les particuliers avec les prospectus, les brochures et catalogues pour les commerces de proximité. Mais il est certain que la durée de péremption est proche.

8) Quels sont vos projets pour les années à venir ?

Bashar Kiwan : Clairement nous avons mis le cap vers une reconversion totale de nos titres Al Waseet et Layalina. Bien sûr nous gardons encore l’impression papier pour des cibles particulières comme les aéroports, les salles d’attentes… mais nous travaillons depuis sur des applications nouvelles afin de mettre en place des sites et services liés à nos titres de presse, mais aussi lancer de nouveaux projets passionnants. Nous consacrons un gros budget pour la partie digitale afin d’exploiter de nouvelles idées, concepts, technologies. Aujourd’hui nous sommes comme je vous le mentionnais précédemment sur un algorithme smart et exclusif qui va arriver sur le marché dans les mois prochains. C’est passionnant pour nous tous de trouver et développer de nouvelles idées, d’explorer des pistes, de vouloir créer le buzz, d’être entraîné vers ce monde où les possibilités sont infinies quand elles sont maîtrisées et traitées par des équipes dynamiques et constructives.

9) J’aimerais connaître votre point de vue sur l’e-réputation et les dangers du Web 2.0 ?

Bachar Kiwan : Il serait indispensable d’avoir des règles pour protéger les dérives du web cependant, en tant que profane, je me demande s’il est possible de les établir ? Comme toute chose en ce monde, sans limites, les débordements sont incontrôlables. Sur le web on peut dire n’importe quoi et n’importe qui peut diffuser ce que bon lui semble. Chacun peut donc s’improviser journaliste, spécialiste, témoin, commentateur, bloggeur, moralisateur, soigneur… tout est permis ! C’est fabuleux et terrifiant à la fois. La moindre info lâchée n’appartient plus à son auteur, elle peut être reprise par d’autres, détournée du contexte, complètement déformée sans que l’auteur en soit ennuyée. Pareil pour les photos qui sont très difficilement récupérables et peuvent être truquées, falsifiées et détournées sans que personne encore ne puise vraiment intervenir efficacement. Les informations ne sont pas pour la plupart vérifiées et inutile de se faire des illusions, il y en a tant que c’est absolument impossible de contrôler les milliards de données qui tombent à l’heure. Une personne peut se voir aussi bien adulée que condamnée en un simple clic. La sagesse serait de prendre du recul mais dans ce monde où il faut briller pour exister, où il faut être débordé pour être important, le temps de la réflexion n’a souvent plus de place. Fort heureusement je veux croire qu’internet apporte plus de bien que de mal. Dangers d’un monde virtuel qui ne devrait jamais, s’il est mauvais, déborder sur le réel !

10) Comme pour tout dirigeant, relâcher la pression est indispensable. Quels sont vos loisirs pour décompresser ?

Bashar Kiwan : Je ne suis pas quelqu’un d’anxieux et mon travail est une vrai passion. Le sport me permet de rester équilibré. Tous les jours je fais de la course ou vais à la salle de sport. C’est mon exutoire, moralement et physiquement cela m’aide à être serein au quotidien. Sinon j’aime jouer au tennis, marcher en forêt, aller au cinéma, visiter des expos, m’attabler aux terrasses de café. Ensuite j’ai la chance d’avoir une famille soudée et unie, nous sommes très proches et complices tout en étant tous très indépendants. On a su trouver notre équilibre.Avec mon épouse nous adorons recevoir et partager avec nos amis, partir en week end, explorer de nouveaux pays. Notre fils est ma plus grande fierté, je me retrouve en lui à son âge, la passion au corps, les rêves plein la tête. Nos échanges sont formidables et constructifs. Pour moi il y a deux façons de voir la vie : du bon ou du mauvais côté. Comme Churchill disait :  » Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté.  » Alors oui je suis et reste un éternel optimiste !

Ils nous aiment !

 

    

  

Ils nous détestent !

   

 

 

Ils parlent de nous !