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Sophie de Menthon

INTERVIEW DE MME SOPHIE DE MENTHON

Interview de Madame Sophie de Menthon, Présidente de l’organisation patronale ETHIC
Par Stéphane Alaux, Expert E Réputation
Fondateur du cabinet E Réputation Net Wash

Cela faisait des années que j’avais envie de rencontrer Sophie de Menthon.

Pour moi, cette femme a toujours été l’incarnation de la femme moderne, indépendante et courageuse, mais avec les pieds bien ancrés dans la réalité de notre quotidien qui file à vive allure.

Tout va si vite, qu’il ne faut pas relâcher sa vigilance, au risque de perdre chaque jour de petits morceaux de liberté.

Entrepreneuse et femme d’influence, elle fait partie des personnalités dont nous avons tout simplement besoin.

Echanger avec elle m’a fait comprendre que : vivre le présent et préparer l’avenir, ne doit pas nous faire perdre la mémoire.

Qu’elle est votre expérience personnelle ou professionnelle la plus marquante ?

Sophie de Menthon :

Evidemment dans ma vie personnelle, il me vient à l’esprit les vrais évènements marquants de la vie : les naissances, les deuils, tomber amoureuse… Mais c’est de l’ordre de l’intime. En fait, ma vie professionnelle s’est construite sur des rencontres, des hasards, le plus souvent très inattendus… Ainsi, ma société Multilignes Conseil était encore petite lorsque j’ai reçu un appel du cabinet du ministre de l’industrie qui s’appelait Alain Madelin et je me suis retrouvée dans une réunion avec lui pour mettre en place une des premières cellules de réception d’appels. Je n’ai pas créé cette cellule, mais cette rencontre fut décisive. J’ai découvert le rapport de l’entreprise avec les politiques et surtout, j’ai découvert le libéralisme avec le meilleur pédagogue qui soit ! Cela a contribué à orienter différemment ma vie, j’ai lancé avec Alain Madelin « Idées Action », le premier mouvement de la société civile. A partir de là, toute une partie de ma vie s’est construite autour d’une activité institutionnelle… Et puis l’écriture de mon premier livre aux Edition Eyrolles qui m’a fait comprendre qu’écrire était un plaisir et une nécessité.

Quel est le moment de votre vie que vous ne souhaiteriez pas revivre ?

Sophie de Menthon :

Incontestablement un choc fut celui de me faire virer d’une émission à laquelle je participais depuis 9 ans, sur un terrible mal entendu. Découvrir que l’interprétation de ce que j’avais dit, pouvait être un tsunami qui n’avait rien à voir avec la vérité, l’impossibilité de rectifier, d’expliquer… Et la rupture brutale sans retour d’avec une expérience que j’avais tellement appréciée. Les gens qui ne vous revoient plus, des relations professionnelles que vous croyiez amies et pour lesquelles vous n’existez plus. Terrible leçon, d’abord en tant que chef d’entreprise, je ne connaissais pas la douleur d’une rupture professionnelle et ensuite, je découvrais qu’un aspect de ma personnalité était certes une force mais force mais aussi une faiblesse et une menace permanente : dire ce que je pense, en toutes circonstances ! La leçon ne m’a pas vraiment servie, je suis incapable de masquer mes opinions, pire, je les écris et je les affirme dans les medias à mes risques et périls.

Vous avez beaucoup écrit sur le sujet du « téléphone », notamment en lien avec le télémarketing et ensuite comme « anti-téléphone portable ».
Au-delà de l’objet, c’est tout un mode de communication différent qui s’est « ouvert » dans les années 2000… Qu’est-ce qui vous a passionnée et aujourd’hui, avec le recul sur ce que vous avez écrit à ce sujet, vous en pensez quoi ?

Sophie de Menthon :

J’aime les mots, j’aime l’expression écrite et verbale, j’aime communiquer, j’en ai fait un métier. Le téléphone est un véritable relai… J’ai même la chance inouïe, pour ce premier livre MIEUX UTILISER LE TELEPHONE alors que j’étais totalement inconnue avec ma PME, d’obtenir une magnifique préface de Marshall Mac Luhan qui disait entre autres :

« Sophie de Menthon a découvert les utilisations multi directionnelles du téléphone ; cette démarche est comparable à l’art du cubisme ou de l’art Africain. Elle utilise le téléphone comme un télégraphe tribal qui atteint l’homme par un phénomène acoustique (…) Le téléphone ainsi une électrode reliée directement à notre cerveau. »

N’avait-il pas là, avec humour, préfiguré le portable !

Au cours de votre vie, votre franc-parler ne vous a pas attiré que des félicitations. Y a-t-il un besoin de provocation de votre part ou est-ce simplement votre opinion sur les choses, que vous présentez telle que, sans « fioritures » ?

Sophie de Menthon :

J’explique ce travers par mon horreur de l’hypocrisie et de la langue de bois. Peut-être une conséquence de mon éducation et de ma scolarité chez les bonnes sœurs qui répétaient « malheur à celui par qui le scandale arrive ». Il y a plutôt une forme de bravade, et même de revanche plus que de provocation dans cette façon de dire les choses parfois sans ménagement, à tort certainement ! Et puis j’aime les formules, les réparties, je résiste mal à un bon mot.

Que pensent vos enfants de la personnalité de leur mère ?

Sophie de Menthon :

Terrible question ! J’aimerais dire qu’ils l’apprécient.

En fait, ils sont plus sages que moi. Enfant, ils composaient avec mes humeurs et mes engueulades ; tout cela était compensé, disent-ils aujourd’hui, par mon absence totale de rancune, les choses pouvaient être violemment exprimées, mais ils étaient dans mes bras 1 heure après.

Les enfants doivent pouvoir compter sur leurs parents, mais, et moi, j’ai la chance immense de pouvoir compter sur mes enfants, et ce même lorsqu’ils étaient petits. Ils m’ont toujours soutenu et pardonné. Ils ont un formidable sens de l’humour et nous avons toujours ri ensemble et de tout. Ils savent qu’ils passent absolument avant tout même dans mes emplois du temps. En revanche, je n’ai pas droit à beaucoup d’indulgence et très rarement à un compliment, leur impertinence a évité que je puisse jamais me prendre au sérieux !

Quelle est la place de la radio dans votre vie et que pensez-vous de ce mode d’expression ?

Sophie de Menthon :

J’aime la radio, cette forme d’intimité… publique. Je suis extravertie et c’est cette opportunité de communiquer avec tout le monde qui m’enchante, j’aime dialoguer avec des inconnus et il y a un contact particulier qui se crée. On a sans le savoir une vraie signature vocale, on me reconnaît souvent à ma voix. J’ai aimé que l’on me dise en parlant d’une émission de radio à laquelle je participais régulièrement : « j’adore vous détester ! »

C’est un challenge que de convaincre avec de vrais arguments des gens d’opinions opposées aux vôtres … En plus vous l’avez compris, un grand plaisir dans ma vie est de donner mon avis !

Avez-vous le sentiment aujourd’hui que les personnes nées dans la première partie du 20ème siècle (pendant les 30 Glorieuses) ont une culture différente de celles qui sont nées dans le dernier quart du siècle ?

Sophie de Menthon :

J’ai peur hélas que ce ne soit pas simplement une culture différente mais une absence de culture tout court qui gagne… Tout est différent, et même si je vis intensément le présent, je crois que nous dégradons beaucoup de choses et que du passé nous voulons à tort faire table rase. Le « cool » est le prétexte à l’abandon du savoir vivre, les parents ont peur de ne pas être aimé de leurs enfants et nagent dans une culpabilité incompréhensible qui a relégué l’autorité au dernier plan.

On n’éduque plus certains enfants, on les envoie chez les psys pour qu’ils s’en chargent.

La disparition des classes sociales serait intéressante si nous ne nous complaisions pas à une forme de nivellement par le bas. Nous nous sommes mal remis de mai 68, et encore plus mal de la révolution française qui ressurgit à chaque instant, y compris avec les Gilets Jaunes… Au-delà de certaines revendications tout à fait compréhensibles. Un monde totalement nouveau s’ouvre et nous aurions besoin de bases solides pour l’aborder alors qu’au contraire, nous abandonnons nos fondamentaux dans un délitement de la responsabilité individuelle. N’oublions pas que la culture de ceux qui sont nés ces 20 dernières années, c’est nous qui leur avons donné, je ne suis pas certaine qu’il y ait de quoi être fiers de nous. Mais tout cela peut renaître mieux et différemment si nous respectons le sens de l’effort dans tous les domaines : scolaires, privés, professionnels.

Vous avez dit une fois que si votre mari ne vous avait pas harcelée, vous ne vous seriez peut-être pas mariée… Est-ce à dire que le mot « harcelé » ne veut pas dire la même chose pour vous que pour certaines de la nouvelle génération ?

Sophie de Menthon :

C’était une boutade bien sûr ! Un peu d’humour … Ah ! Ce premier degré du politiquement correct qui nous mine. C’était au moment de « Dénonce ton porc », tout était devenu harcèlement. Au lieu de distinguer ces femmes qui subissent de vraies atteintes et de vraies violences, de la drague coutumière, le moindre compliment dans la rue devint passible d’amende ! J’ai voulu dire que si l’on persiste à tout qualifier de harcèlement alors que souvent, il s’agit d’une simple insistance un peu déplacée, il aurait fallu faire un procès à Cyrano de Bergerac, Roxane serait une victime !

Je voulais donc simplement dire par là que si mon mari, et même « mes » maris n’avaient pas beaucoup insisté au début, qu’ils en soient remerciés, je ne les aurais peut-être pas épousés ! Sourire ! D’ailleurs, ils ne se sont pas sentis offensés par cette boutade, ils ont de l’humour.

Oui, il y a des degrés dans le harcèlement, et même des nuances dans le mot lui-même : on peut aussi dire à un ado qui réclame inlassablement un nouveau portable « arrête de me harceler ! ».

Pensez-vous que les femmes ont laissé tomber les hommes ? Et qu’elles ont scié la branche sur laquelle elles étaient assises ? A quel moment la machine s’est-elle enrayée ?

Sophie de Menthon :

La machine, c’est-à-dire la relation hommes/femmes n’a jamais cessé de s’enrayer, et elle ne cessera jamais, il y a aura toujours des chevaliers servants, des mufles, des agresseurs, des violeurs, des défenseurs ; ce qui a changé, c’est le refus de subir une domination et c’est bien là l’essentiel.

Ne confondons pas le légitime désir des femmes de parité avec le féminisme d’aujourd’hui, on pourrait dire avec l’ultra féminisme ! Quand je pense que l’on a modifié dans certaines écoles maternelles le conte de fées de La Belle au bois dormant parce que la princesse est réveillée par un baiser « non consenti » du prince charmant ! On prend la dimension du ridicule de l’excès. Un ridicule qui est néfaste et contre-productif, car il s’agit de nier la différenciation sexuée. En même temps, la contradiction est gênante dans la déclinaison de ses absurdités ; ainsi, il est plus que normal d’arriver à l’égalité salariale, mais en même temps les féministes revendiquent un jour de congé par mois pour les règles douloureuses…

Sommes-nous assises sur une branche, comme vous le suggérez dans votre question ? Je ne crois pas, nous avons construit une relation évolutive au cours des siècles et félicitons nous d’avoir instauré l’amour courtois, une première vraie victoire féministe sur le plan relationnel. En revanche, oui, il faut faire attention à ne pas détruire un équilibre hommes/femmes qui sera toujours fragile, car hommes et femmes ne sont pas interchangeables, et c’est ce vers quoi voudraient tendre les ultra féministes. La théorie du genre est une menace.

Violence, déprime, disette environnementale, le monde n’est pas vraiment rose. Est-ce pire qu’avant ou le voit-on pire qu’avant ?

Sophie de Menthon :

J’ai quand même l’impression que nous traversons une crise mondiale sociologique, économique et politique. Même si on ne peut pas dire « c’était mieux avant« . Un des problèmes est aussi lié au voyeurisme mondialisé, effectivement le spectacle d’un capitalisme débridé, l’étalage de luxe sur des écrans qui pénètrent dans les contrées les plus douloureusement touchées par la famine, est d’autant plus insupportable. De même, que cette fameuse transparence à tout prix est loin d’être « éthique », ce que l’on voit, ce que l’on dénonce n’est que la partie visible d’un iceberg. La méconnaissance de l’économie, la détestation des riches en France produisent plutôt une jalousie aux relents révolutionnaires malsaine face en réponse à cette méritoire transparence. Ce qui n’empêche pas l’objectif majeur de réduire les inégalités. Et puis comment ne pas craindre les nouvelles technologies, refuges exutoire et anonyme de toutes les détestations et des mauvais instincts. Levons l’anonymat.

Pourquoi n’aime-t-on pas les riches en France ? Pourquoi mord-on la main de celui qui nous nourrit ?

Sophie de Menthon :

C’est paradoxal, car le riche est souvent assimilé au patron et ce dernier prend des risques et paye des salaires… Mais en fait, la bonne nouvelle, c’est plutôt que l’entreprise s’en tire bien et de mieux en mieux dans l’imaginaire français. La haine s’est concentrée sur le CAC 40, des multi nationales, les malheureuses, qui véhiculent le talent de la France dans le monde entier, qui font pourtant travailler des centaines de milliers de PME et de salariés… Mais il faut bien un bouc émissaire. Ces entreprises sont un défaut : leurs patrons, leurs créateurs, leurs dirigeants sont riches parce qu’ils réussissent ! Dans un pays ou l’on coupe la tête des rois, on aimerait bien réserver le même sort aux riches (riche et roi ont la même étymologie REX).

Nous avons été élevés aux mamelles de l’Etat et nous ne comprenons pas bien la responsabilité individuelle, la prise de risque, la légitimité de s’enrichir… La lutte des classes s’est transposée à l’entreprise. Et puis, nous avons un rapport difficile à la réussite, il faut faire pitié, il faut pouvoir plaindre ; au pire envier, mais ne jamais admirer et vouloir égaler, l’exception : le foot !

Les Gilets Jaunes : Karl avait dit que c’était moche et importable… Mais que cela pouvait sauver des vies.

Sophie de Menthon :

Ce « mouvement » peut-il sauver quoi que soit ? L’Etat a-t-il les moyens de donner encore plus ? Faire plus de social ? Alors que l’on est déjà les champions du monde de l’assistant ?

Une phrase revient souvent « Bosser pour quoi ? Je vais moins gagner en travaillant… » le système est complètement pipé, qu’en pensez-vous ?

Sophie de Menthon :

Une caricature du désastre des pseudos bienfaits de l’Etat qui veut redistribuer.

Il redistribue trop et mal.

Il redistribue grâce à l’impôt qu’il prélève sous toutes les formes possibles, trop et mal.

Il décourage au lieu d’inciter au travail.

Plus on développe la prise en charge, plus finalement on lèse les français. La gauche explique depuis toujours que « quand il n’y a plus d’argent, il y en a encore » et que les caisses de l’Etat sont un puits sans fond. Cherchez l’erreur !

Ethique… Vous avez dit Ethic ? Parlez-nous un peu d’éthique et de déontologie en politique Sophie.

Sophie de Menthon :

L’éthique est juste une question de morale individuelle et d’honnêteté intellectuelle. Le problème est la distorsion entre ce qu’il faut pour être élu et la réalité de l’exercice du pouvoir. Promesses, financement, etc. Mais encore une fois nous sommes responsables, nous électeurs, nous citoyens, nous voulons tout et son contraire ; nous ne voulons pas entendre la vérité. Personne ne sera élu sur un constat de la réalité, du temps que prendront les reformes et les limites de ce que l’on peut faire dans une économie mondialisée. Nous sommes au pays de « responsable mais pas coupable », il faut passer à l’exigence du responsable ET forcément coupable, lorsqu’on a le pouvoir et dans la vie en général. Nous avons oublié la responsabilité individuelle qui doit gouverner nos vies, l’Etat pour mieux diriger nous en a dispensé.

Le pouvoir impose des devoirs et non de droits.

Abonnée aux buzz, Bad ou Good, comment gérez-vous votre image publique digitale ? E-Réputation ?

Sophie de Menthon :

La réponse est dans la question : je ne la gère pas !

Qu’attendez-vous de la vie aujourd’hui et qu’est-ce qui vous fait courir ?

Sophie de Menthon :

C’est la recherche du bonheur, je pense, me fait courir, la peur du vide du lendemain certainement. A ne pas confondre avec la recherche du plaisir qui est une succession de gratifications et de moments heureux, insuffisants quoiqu’indispensables à mes yeux.

Mon impatience qui hélas, structure mon caractère, fait que je suis dans l’action en permanence ; c’est aussi la conséquence de cette certitude qui m’habite : le temps passé et perdu ne se rattrape jamais. Ne jamais remettre au lendemain…

Merci pour cette rencontre Sophie.

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